La cella moderne

Chirurgie en bloc opératoire

La Cella Moderne, 2008-2016


 

La Cella Moderne, nous emmène comme son nom l’indique au cœur même du temple de ce qui pourrait être le symbole de notre rapport au corps aujourd'hui, rapport dévié car en mutation. Lieu hybride empli de mystère, inaccessible, au secret, et porteur en retour de "normalité" - celle de l’éradication de la maladie, de la blessure, voire du vieillissement. Partant de ce constat, j'ai développé cette deuxième série qui m’éloignait du portrait, ligne maîtresse de mes pérégrinations photographiques, en établissant là une mise en vue de ce qui ne se dévoile jamais.

Une sélection de mes prises de vue s’est ensuite imposée pour ne laisser visible que ce qui fait la quintessence de ce travail. Ces photographies font écho à la peinture, à certaines représentations du XVIIe siècle, en particulier celles relevant du clair-obscur. Les compositions, extrêmement épurées laissent deviner l’essentiel : là où se situe l’action, les lignes de force, les mains comme arrêtées dans leur mouvement, les couleurs claquantes puis tout autour l’halo protecteur qui s’estompe, avant d’être emporté par un noir profond.

Il ne s'agissait pas de réaliser un reportage en milieu hospitalier, mais bien d'établir une série d'images dont le choix esthétique, par son dépouillement, son principe du focus parfois cru nous fait basculer directement dans un autre espace, celui de notre corps à une époque où la dématérialisation et les nouvelles technologies peuvent nous faire oublier le sensible. 

 

 

« Méduse avait le pouvoir de pétrifier tout mortel qui osait poser son regard sur elle. Lorsque nous

franchissons le seuil obscur du temple édifié par le regard intrépide de Philippe du Crest, c’est à elle que

l’on songe. Tapis dans l’ombre du champ opératoire, nous sommes saisis de vertige à la lecture de ces

images d’apparence aussi précieuses que des publicités pour joailler. A nos corps défendant nous voilà

témoins de la profanation qu’opère le chirurgien-démiurge aux tréfonds de nos chairs, tel Sisyphe

plongeant inlassablement ses mains dans le cambouis sacré de la vie. Phalènes irrémédiablement attirées

par la lumière, nous restons hypnotisés par l’exigeante confrontation que nous impose la beauté de ces

images. »

 

Alain Willaume, janvier 2016

 
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Dominiquele 11 février 2013

Bravo, encore une très belle idée. Le dispositif chirurgical amène une lumière dont vous avez magnifiquement tiré parti. Et quelle ambiance! Quelque chose entre le sacré et la boucherie. Avec une mention spéciale à la photo du "christ en croix", un simple changement d'orientation, de l'horizontale à la verticale change effectivement la lecture.

jean francoisle 28 mai 2014

De l'art dans la douleur, vous donnez une dimension dans la chirurgie avec une ambiance qui dépasse l'imagination avec ces couleurs et ce contraste du noir qui met la photo a sa juste valeur ,beaucoup de délicatesse ,en espérant un jour de pouvoir faire au moins 1/10 de cet art que vous maitrisé Merci

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