Agents de lumière

Présentation de la série Agents de lumière

EMERGENCE... TRENTE PORTRAITS, TRENTE VISAGES QUI S'AFFICHENT. TRENTE PERSONNES QUI ACCEPTENT DE SE MONTRER, DE SURGIR DE L'OMBRE POUR ÉMERGER DANS LA LUMIÈRE.

Le titre de l’exposition, Agents de lumière, choisi par Philippe du Crest n’a rien d’anodin. 

Initiée en 2011 par le photographe, cette série est réalisée en 2012 à Marseille en entreprises et dans un centre de formation d’apprentis. 

Elle correspond à un télescopage de la vie du photographe entre le passé - avec sa grand-mère qui a « fait des ménages » - et le présent à travers sa lecture de « Quai de Ouistreham » de Florence Aubenas, livre qui raconte son expérience comme agent de propreté. 

Ce titre appelle de manière évidente la nécessité pour le photographe de regarder ces femmes et ces hommes peu reconnus, quasi invisibles ; ceux que l’on appelle communément les « travailleurs de l’ombre », les petites mains du soir, de la nuit ou du petit matin et que l’on nomme dorénavant agents de propreté. 

Chacun d’eux pose ainsi en plan américain sur son lieu de travail, en tenue, la plupart avec leurs outils reprenant ainsi la tradition de représentation des métiers avec leurs attributs comme on peut le trouver dans les gravures de Nicolas de Larmessin, ou bien plus proche de nous, le voir sur les photographies d’Eugène Atget dans les rues de Paris, au tournant du xxe siècle. 

Le corps est de face ou légèrement de profil, deux flashs éclairent le visage tourné vers nous avec le regard qui nous fixe, ou bien de biais dans une sorte de rêverie lointaine qu’un sourire vient parfois illuminer. Une attitude singulière ou encore un détail rompt avec l’image usuelle réservée à la profession : expression de Madone pour une jeune apprentie, dérision d’un déguisement avec un masque semblant sortir d’une série TV, ongles parfaitement manucurés, bijoux, maquillage pour les femmes. 

De loin, cette galerie de portraits évoque ceux du Studio Harcourt dans la sérénité qui s’en dégage, presque hors du temps, grâce au choix d’une mise en lumière spécifique, d’une mise en beauté pourrait-on dire. 

Comme dans les peintures flamandes du xviie siècle lorsque le monde se reflétait dans la perle de la boucle d’oreille d’une servante… 

La couleur vient cependant dynamiser et donner à la série une vigueur résolument contemporaine, ancrant ces images dans la France d’aujourd’hui. 

Cette entreprise presque sociologique est renforcée par un modus operandi similaire d’une photographie à l’autre et par la présence volontaire en second plan soit du cadre de travail soit des produits ou objets spécifiques au milieu étudié. 

Philippe du Crest ne fait que très peu de retouches des couleurs et du cadrage, estimant que c’est le regard du photographe sur son sujet qui prime. Et pour paraphraser Robert Capa, la beauté est là, et il ne reste plus qu’à la prendre. Cette beauté ne doit pas pour autant déborder, car le photographe n’est pas dans une esthétique creuse et sèche ; se gardant comme garde-fou la nécessité de canaliser ses idées pour éviter de s’éloigner de son objectif principal ou pour ne pas rester à la surface de ce qui est vu.

Cependant, dans sa manière d’aborder la photographie, avec cette série en particulier, Philippe du Crest assume une influence plus picturale que photographique.

Imprégné de peinture dès son enfance par une mère peintre, il joue de façon classique sur des oppositions chaud/froid, mettant en avant les couleurs tels de larges aplats, dans une composition sobre, épurée.

Claquantes, les couleurs s’imposent, renforcées par un choix de tirage sur papier Tecco Photo baryté qui accentue par la présence d’aspérités, les contrastes et détails. Ces détails auxquels Philippe du Crest reste attaché, telles les mains, très présentes, par amour pour cette partie de l’anatomie qui symbolise l’âme du travailleur.

Quant à la lumière presque crue à certains endroits des compositions, elle forme un halo qui accroche d’autant plus la couleur très dense.

Pas de demi-teinte, c’est du classicisme solaire !

Tout comme le photographe qui parle volontiers d’une attitude volontaire, énergique, à la rencontre de l’autre, là où il n’est pas attendu. Et par le choix d’une composition frontale, sans fioriture de premier plan, le photographe nous oblige à rentrer immédiatement dans l’image.

Son oeil regarde, lit, puis cadre, et le principe de la série donne alors une cohérence à cette dernière, comme à l’ensemble de la démarche du photographe, telle dans son autre série La cella moderne, réalisée dans des blocs opératoires d’hôpitaux et cliniques entre 2008 et 2012.

Même méthode d’approche humaniste : un lieu de travail, des personnes dans l’ombre, la présence des mains encore, le geste précis de l’opération cette fois, une lumière ciblée, l’impression d’un jeu de clair-obscur inspiré du Caravage où la lumière sert à nouveau de catalyseur.

L’appréhension de Philippe du Crest prime, ses sens en éveil nous dévoilent ce que nous ne savons pas, ne voulons pas voir ou ce qui nous est inaccessible.

De l’humanité respire dans la série Agents de lumière car il sait en peu de temps, par quelques paroles, mettre en confiance son sujet pour que ce dernier déploie une énergie positive, une fierté peut-être oubliée. Dans notre société où la valeur du travail est mise à mal, le photographe lui redonne ses lettres de noblesse.

La photographie, un outil en soit très commun, semble être le moyen propice servant à montrer autre chose, ce qui est inconvenant, caché ou déplacé, nous obligeant ainsi à travers une certaine esthétique, sans voyeurisme pour autant, à nous interroger sur nos failles ou notre propre regard.

Nathalie Béreau,

Galeriste

 
FETHI - Agent de propreté - Dépot de bus AÏCHA - Agent de service - Bureaux ABDOUROIHAMANE -CAP maintenance hygiène des locaux NAÏR - CAP maintenance hygiène des locaux JEAN - Agent de service - Hôpital Sabrina - Agent de Service - Hôpital HOUDA - Agent de service - Hôpital ALI - Agent machiniste - Hôpital RAHMA - Agent de service - Bureaux SAYE - Agent de service - Hôpital JONATHAN - Agent de service - Bureaux ANA CHRISTINA - Agent de service stagiaire - Bureaux NAÏR - CAP maintenance hygiène des locaux IBRAHIMA - Agent de propreté - Banque CASSANDRA - CAP maintenance hygiène des locaux JENNIFER - CAP maintenance hygiène des locaux AHMED - Agent de propreté - Ecole JOHAN - Agent de propreté - Dépot de bus Cécile - CAP maintenance hygiène des locaux Antoine - Agent de propreté - Dépôt de bus YOUSSEF - Chef d'équipe - Hôpital KEIRA - Agent de service - Hôpital FOURAHATI - Agent de service stagiaire - Bureaux JEANNE - Agent de service - Hôpital SAMIR - CAP maintenance hygiène des locaux BELKACEM - Agent de propreté - Dépot de bus FRED - Cordiste nettoyeur de vitres - Pôle média BOUCHÉRATI - CAP maintenance hygiène des locaux ABDELKADER - Agent de propreté - Dépot de bus ILIASSA - Agent de propreté - Dépot de bus
voir les commentaires sur cette série
Vérole 08 février 2013

Super série, beaucoup de caractère. Tu as su magnifier chacune de ces personnes qui semblent nous dévoiler un peu d'elles-même sur la plupart de ces clichés. Bravo !

BENle 11 février 2013

Super série ! Ils sont tous beaux, alors qu'on ne les voit pas toujours.

mariele 11 février 2013

En entendant la voix de l'une de ces personnes sur France Inter, , on se sent plus proche de tous ces gens qui souvent n'ont pas d'existence aux yeux des média. Ils sont beaux et sont bien mis en valeur dans leur profession et leur compétence. Ce n'est peut -être pas assez pour bien vivre mais quelle dignité! Tous héros du quotidien ! les photos sont belles , j'aime leur lumière.

Dominiquele 11 février 2013

Passage ici par curiosité après l'émission de France Inter. Je laisse un petit commentaire que j'espère constructif. Une idée très intéressante, une réalisation aussi avec du très bon, du bon, et par honnêteté, j'en vois aussi quelques unes qui sont peut-être là pour faire le nombre, ou pour faire plaisir, mais qui ne sont pas du même niveau que les autres. Bien sûr cela dépend beaucoup de la personnalité des agents, et c'est toute la difficulté d'une démarche documentaire. Un peu dommage donc pour l'homogénéité artistique de l'ensemble. Un petit bémol aussi sur certains fonds identiques sur plusieurs photos, ce qui estompe un peu le côté "unique" de chacune. En tout cas, bravo pour l'idée, la démarche et en très grande partie la réalisation.

Mariele 11 février 2013

Merci d'avoir "mis en lumière" et de belle manière ces personnages qui traversent furtivement nos quotidiens, d'avoir su les magnifier pour en faire de belles personnes, empreintes d'une fière humanité. Félicitations !

DOMINIQUEle 11 février 2013

BRAVO ENFIN EN LUMIERE CES PERSONNES QUI METTENT EN PROPRETE LES ENDROITS OU D'AUTRES PERSONNES TRAVAILLENT MERCI A VOUS ET A EUX TOUS

christinele 11 février 2013

bonjour, félicitations pour le choix du sujet et pour ces belles photos qui montrent la dignité de ceux qu'on croise tous les jours souvent sans les voir .

Michaelle 12 février 2013

merci pour nous

Paulinele 12 février 2013

Bravo au photographe et aussi à eux ! Quelle bonne idée de mettre toutes ces personnes en lumière ! Très belles photos !

jeaninele 12 février 2013

Tous ces personnages (je devrais dire "ces personnes") sont beaux, rayonnants. Le titre de l'exposition est tout à fait justifié.

MIMle 12 février 2013

Ayant entendu parler de votre expo photo sur France Inter, j'étais très curieuse de la découvrir et vraiment, je ne le regrette pas : quelle superbe idée que de mettre en "lumière" ces travailleurs(ses) de l'ombre : ils sont tous magnifiques ! Un grand bravo à vous ....et à eux !

sylviele 13 février 2013

c'est beau,quelque part,pour moi qui est exercé pdt 13 ans dans ce métier,celui-ci est tres dur et passé un âge certain le dos ne suit plus et vous n'êtes pas reconnu pour autant...merci à Florence Aubenas pour son livre! mais le débat peut s'étendre à d'autres thèmes comme le salaire par exemple,qui est au smic,comme beaucoup d'autres branches professionnelles Alors encore une fois,attention à votre dos,car il n'y a plus rien derrière pour assurer votre pain quotidien!! Ces photos sont jolies,elles embellissent,il aurait peut-être fallu un petit commentaire sur chaque photo(fonction de l'ouvrier,lieu de travail,l'avis de l'ouvrier..) merci beaucoup car il y a énormément de choses à dire sur ce métier. J'entends beaucoup de gens parler de "technicien(ne) de surface" mais sachez que ce terme n'existe pas dans la convention collective,elle redonne du blason à l'entreprise mais pas à l'ouvrier qui lui s'échine à tenir propre! Pensez un peu plus à ces gens là et n'hésitez pas à aller leur dire bonjour,à leur offrir un café,à discuter avec eux s'ils en ont le temps bien sur.. Nous ne sommes pas des bêtes, il n'y a pas de sot travail, le respect et la reconnaissance existe pour tout le monde!

Laurentle 13 février 2013

Decouverts par l'intermediaire du "temps de Pochon", c'est une super idée et une super série, on l'impression de les connaitre, de les avoirs déja vu.

yvonle 17 février 2013

Venu ici après le passage dans "le temps de Pochon", pas déçu ! C'est vrai qu'on croit entendre leur voix, tellement c'est accordé avec l'émission de France Inter... Splendide reportage photographique : la technique s'oublie pour donner corps à ces travailleurs de l'ombre qui nous permettent d'y voir, même si eux on ne les voit pas...

Mariele 03 août 2013

La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles est une oeuvrevde choix qui vaut beaucoup d 'amour : si seulement c'était vrai !

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